Apprendre le chinois, caractères et tons – interview à Hong-Kong 1/3

Voici la première partie d’une interview-vidéo tournée lors de la venue de Cédric (du blog CEDRICBEAU.COM) à Hong-Kong en septembre 2012. Dans cette première partie, vous allez notamment découvrir :

1. que 400 caractères chinois (sur 80,000 possibles en tout) suffisent pour parler correctement

2. comment apprendre beaucoup plus rapidement la langue chinoise et rester motivé

3. une technique pour apprendre et maîtriser les tons chinois en moins de 60 secondes

4. la raison pour laquelle vous serez toujours bien compris en Chine

Ci-dessous la transcription complète de cette vidéo :

Transcription

Y : Bonjour à tous. Aujourd’hui j’ai le plaisir de recevoir Cédric qui nous vient de la ville de Guiyang en Chine. Bonjour Cédric !

C : Bonjour Yoni !

Y : On a prévu de faire une vidéo pour… Alors j’ai pas mal de question à poser à Cédric concernant la langue chinoise, on a beaucoup discuté surtout sur les problèmes que peuvent rencontrer les apprenants français qui commencent à étudier ou qui se perfectionnent dans la langue chinoise. donc j’ai pas mal de questions à lui poser. D’ailleurs j’ai pas mal de questions que j’ai reçu, que vous m’avez envoyé que je vais pouvoir poser directement à Cédric. Donc avant de commencer, Cédric, je voudrais savoir comment tu en es venu à apprendre la langue chinoise et aujourd’hui, qu’est-ce que cette lange te permet de faire ?

C : Alors, c’est une assez longue histoire. Quand j’étais tout petit, je voulais apprendre le chinois. J’avais 6-7 ans et avais un parrain qui voyageait beaucoup, il était ingénieur pour Alcatel, il voyageait beaucoup au Japon, en Corée, en Chine… Et il rentrait toujours à la maison avec plein d’histoires. C’est comme ça que j’ai eu ce petit déclic, le petit déclic qui fait rêver : c’est souvent la culture, ou les arts martiaux, ou la médecine chinoise qui donnent cette envie d’aller un peu plus loin. J’ai commencé en autodidacte quand j’étais encore au lycée et j’ai eu l’opportunité de m’inscrire à l’université où il y avait un professeur franco-chinois. Je n’ai pas été pris mais je suis quand même allé dans cette université-là, et je me suis mis en tête d’aller en Chine, de faire mon propre programme franco-chinois. Je suis allé une première fois 1 mois à Shanghai pour un court programme. Et ensuite, j’ai voulu remettre ça, je me suis dit « tiens, quand je terminerais ma licence, je remettrais ça ». Au final je suis reparti et je ne revenais pas ! Voilà comment ça s’est passé un petit peu l’apprentissage du chinois.

Y : D’accord. Donc en fait, toi, la langue tu l’as principalement appris en Chine. Et donc forcément c’est l’idéal quand on apprend une langue étrangère , c’est toujours mieux de l’apprendre dans son pays d’origine.

C : J’ai eu l’occasion aussi de tester après parce que quand j’ai fait un premier mois en Chine, ensuite quand je suis revenu à l’université, ils m’ont proposé le chinois en cours en LV2 à la place de l’allemand pendant la Licence. Et je suis tombé sur un prof « un petit peu pas terrible » qui ne parlait pas très bien français. Et j’ai pu tester les 2 choses. Alors comme le prof ne parlait pas très bien français, du coup je me suis inscrit en… Comment est-ce qu’on appelle ça… en DUFL [Diplôme Universitaire de Formation en Langues] dans une autre université en parallèle de mes cours, et là-aussi, j’ai eu un problème au niveau de la méthode. donc quand je suis retourné en Chine après cette année-là où j’ai eu l’occasion de tester les 2 méthodes en France, effectivement, c’était le pied !

Y : D’accord, ok. Et donc tu as donné des cours de chinois en France ?

C : J’ai donné des cours de chinois ! Alors, quand je suis rentré une première fois en France, j’ai donné des cours de chinois en initiation à des collégiens. Et ensuite, après avoir perfectionné mon chinois en Chine, j’ai eu l’occasion d’être embauché pour l’Education Nationale au niveau des lycéens et j’ai fait l’ouverture de 3 collèges bi-langues anglais-chinois sur la Région du Dunkerquois.

Y : D’accord, très bien. Alors en tant que prof, je pense que tu as entendu beaucoup de choses, beaucoup de stéréotypes justement pour ceux qui veulent commencer à apprendre la langue. Il doit y avoir un Top 3 ou un Top 5 des clichés les plus souvent énoncés.

C : Alors, les plus souvent énoncés, les gens se disent « c’est un charabia incompréhensible », « la prononciation, c’est pas possible. surtout pour un français « , ce qui est totalement faux ! Autre cliché, c’est sur les caractères. Les gens les voient et se disent « il y a 80,000 caractères possibles et imaginables… »

Y : « …Donc il faut tous les apprendre 1 par 1… », « il n’y a pas de logique entre eux », « il faut apprendre des entités totalement différentes »… Alors qu’il y a quand même des points de connexion et que si on compare ça à une sorte de puzzle, il y a des éléments qu’on prend comme ça et qu’on peut réassembler…

C : Il y a plusieurs points effectivement. Première chose, il y a une question de fréquence. D’ailleurs il y a des caractères qu’on va retrouver dans toutes les phrases. C’est-à-dire qu’on connaît déjà une dizaine de caractères et au final, on connaît 20% des caractères en fréquence. Ensuite, quand on passe à 400 caractères, on connaît à peu près 90% d’un texte, n’importe quel texte, dans le journal, un article, out aller sur internet, on connaît 400 caractères. Seulement ! Par rapport à 80,000, ça paraît un peu mieux. Et on peut déjà se débrouiller en chinois.

Y : Et puis il y a un autre problème qui se pose. C’est un problème que tu as beaucoup rencontré sur ton blog ou à travers les différents réseaux que tu animes, c’est parfois ce manque de motivation pour apprendre une langue.

C : Disons que les gens se disent « c’est impossible ! ». Du coup ils pensent qu’il leur faut une motivation énorme pour apprendre la langue. Et ils ne pensent pas qu’en faisant un petit travail régulier de 15-20 minutes chaque jour?, ils vont réussir à parler chinois au bout de quelques mois et se débrouiller dans une conversation de base, pour se présenter ou présenter sa famille. Ils ne pensent pas que c’est possible ! Du coup; ils ne peuvent pas avoir la motivation.

Y : En fait, ce qui est important à souligner ici, c’est que quand vous apprenez une langue, que ce soit le chinois ou n’importe quelle autre langue étrangère, le plus important, c’est la régularité. C’est-à-dire qu’il vaut mieux travailler un petit peu chaque jour ou un petit peu régulièrement plutôt que de travailler par exemple 2 jours par semaine 2 fois 2 heures et puis rien entre. Effectivement, c’est plus profitable de travailler régulièrement.

C : J’ai pu voir d’ailleurs la différence au niveau de mes élèves. Il y en a certains qui faisaient les exercices quotidiens : écrire 1 à 3 caractères par jour, et lorsqu’ils passaient les examens, ils avaient tout bon. J’avais d’autres élèves qui travaillaient 3, 4, 5, 6 heures, donc plus que les autres, juste avant une interro et ils n’y arrivaient pas. Donc, c’est typique…

Y : Donc là, le résultat est assez flagrant effectivement [Bruits de casseroles…]. alors, je vais revenir sur probablement le problème ou la difficulté principale lorsqu’on apprend le chinois, c’est d’un côté la prononciation, et de l’autre côté le système d’intonation propre à la langue chinoise. Alors d’abord, est-ce que tu peux nous parler de… De nous expliquer brièvement comment fonctionnent ces fameux tons en mandarin.

C : Alors les tons… Il fat savoir qu’on a aussi des tons en français. Du coup, ça va beaucoup nous aider. Sauf qu’en français, on met les tons sur les phrases. Et bien il suffit de faire les tons sur les phrases qu’on a en français sur le chinois. Et si on applique les mêmes choses, les mêmes principes, on peut faire les tons en chinois sans problèmes. Par exemple on pose une question, on fait une phrase interrogative, on va faire un deuxième ton en chinois. il n’y en a que 4. C’est-à-dire, on va décrocher le téléphone et faire « allô ? » et là sur le « ô », on a a fait un deuxième ton.

Y : Dans le « allô », effectivement, c’est un ton qui monte…

C : C’est un ton qui monte… Quand on va dire à son chien « Non ! »… « Mords pas le tapis » par exemple ou « bouffe pas les pieds du canapé », c’est la même chose : impératif en français, on fait un ton qui descend, pour nous c’est naturel, et bien en chinois c’est pareil, c’est un quatrième ton. Si on veut faire facile pour le troisième ton, c’est un truc un peu bricolé mais qui marche parfaitement, c’est comme si on doublait la voyelle. Par exemple « nii », troisième ton, c’est comme si on mettait 2 « i ». On entend pas vraiment la différence entre « nii » et « nǐ ». Voilà ! Et après, pour le premier ton, c’est comme si on tenait une note, on fait un « la » par exemple et on tient la note. Que ce soit aigüe ou grave, on tient la note et on fait un premier ton. Et voilà, en quelques secondes, vous connaissez les 4 tons en chinoise

Y : Voilà. Alors, il faut quand même préciser que comprendre et bien entendre les tons, c’est relativement simple. Ensuite, pouvoir les repérer dans une phrase, dans une conversation courante à vitesse réelle, ça demande un certain temps d’adaptation mais ça vient très très vite surtout quand on est vraiment immergé dans le pays, ça vient vraiment très très vite.

C : Ca vient très vite, et on est pas obligé d’être immergé dans le pays… Même si on fait pas vraiment les tons, je ne sais pas si toi au début quand tu apprenais le chinois, tu faisais toujours les tons. Une phrase dans le contexte… alors les gens vont vous dire, tu dis « ma » avec un premier ton, ça dit « maman », « ma » avec un troisième ton, ça dit « cheval », alors c’est comme si tu appelais ta mère cheval par exemple. C’est super difficile le chinois ! Mais en fait, si on met dans le contexte, même si on se trompe un petit peu au niveau du ton, jamais vous ne serez mal compris en chinois ! Je pense que tu as dû vivre ça…

Y : Disons que c’est très rare de faire des contre-sens qui soient tellement grave qu’ils mènent soit à de l’incompréhension, soit à des situations plus délicates. C’est quand même très rare parce que, comme tu le dis, quand on met la phrase dans le contexte, on arrive malgré tout à deviner même si le ton n’est pas exact… Donc effectivement, ça vient vite, et les erreurs sont quand même rares parce qu’on arrive à deviner par rapport au contexte.

C : Voilà et puis les chinois ont l’habitude de deviner les français qui apprennent le chinois parce qu’ils ont des difficultés plus ou moins fortes… C’est comme entre français qui parlent anglais hein… On se comprend forcément mieux. Tandis qu’on a un problème quand un anglais écoute un français qui parle anglais avec un accent français, parfois ça donne des situations assez difficiles. Tandis qu’en chinois, les chinois ont aussi pris l’habitude, parce dans certaines régions comme là où je suis, dans le Guizhou, ils n’ont pas de tons ! il n’y pas de tons dans leur dialecte. Et donc ils aussi l’habitude de recevoir des chinois de Chine, qui ont des problèmes de tons. Donc ils ont cette habitude aussi de deviner les phrases. Et pour les caractères de toute façon, le fonctionnement du puzzle des caractères, il y a aussi beaucoup de travail, on doit deviner. Donc, ce n’est pas une difficulté, ce n’est pas un problème.

Y : Donc pour résumer, si vous êtes apprenant en chinois et que vous parlez avec des chinois, tout simplement il faut tenter. Même si vous n’êtes pas sûr de la prononciation, même si vous n’êtes pas sûr des tons, parce que, de toute façon on arrivera à vous comprendre quoiqu’il arrive, et ce qui est très pratique, c’est que souvent les chinois vont vous corriger vos tons et quand vous faites une erreur en langue étrangère, et qu’on vous rectifie cette erreur, vous avez tendance à la retenir beaucoup mieux.

C : Oui, on mémorise beaucoup mieux, ça c’est certain.

 

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